Cinémathèque de Nice
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juin 2011 et octobre 2011

© La Cinémathèque de Nice

© La Cinémathèque de Nice

Cinémathèque
Le Choix de ... un artiste, un film

La cinémathèque ouvre son écran à chaque artiste invité, lui donnant la possibilité de programmer Le Film qui a l’a touché ou qui a influencé son imaginaire pour révéler ce lien secret entre des oeuvres. Qu’ils soient peintres, sculpteurs, photographes ou cinéastes, ces visionnaires et messagers d’un monde invisible, ne cesseront de nous intriguer et nous troubler par les réponses singulières et universelles qu’ils apportent aux mystères du monde…. et de la création artistique. Une image, une émotion, une idée, un geste… Un dialogue inédit à découvrir à la cinémathèque.

Parmi les artistes : Ghada Amer, Ben, Julien Bouillon, Pascal Broccolichi, Max Charvolen, Vincent Epplay, Brice Dellsperger, Noël Dolla, Eric Duyckaerts, Roland Flexner, Aïcha Hamu, Vivien Isnard, Virginie Le Touze, Natacha Lesueur, Arnaud Maguet, Bernard Pagès, Pascal Pinaud, Emmanuel Régent, Georges Rousse, Gauthier Tassard, Cédric Teisseire, Bernar Venet, Christian Vialard, Marc Chevalier, Emmanuel Régent.
Dans le cadre de la manifestation « L'Art Contemporain et la Côte d'Azur, un territoire pour l'expérimentation », la Cinémathèque de Nice a demandé à quelques artistes de choisir un film qui les inspiré, influencé ou qui leur tient particulièrement à cœur.
Mardi 21 juin à 18h
Cédric Teisseire a choisi Downtown 81 (New York Beat Movie) de Edo Bertoglio USA/2001/1h13
Avec Jean-Michel Basquiat, Ted Bafaloukos, Tom Baker, Eszter Balint.
« Ce film m'intéresse à plusieurs titres. Tourné au tout début des années 80, Il retrace une période de la scène new-yorkaise captivante où se croisent des milieux musicaux,  artistiques et cinématographiques desquels nous ressentons encore les influences jusqu'en ce début du XXIe siècle. Cette effervescence est  retracée avec une grande justesse et précision par l'ambiguïté de la forme cinématographique choisie, oscillant entre le documentaire et la fiction.
L'autre aspect intéressant de ce film est que, le tournage fini, la production a rencontré de telles difficultés financières que le montage a été abandonné, les bobines stockées pendant 20 ans pour finalement être terminé et présenté au public en 2001.
Ce décalage de temps apporte au film  une plus grande intensité et pertinence en donnant aux protagonistes du film, dont beaucoup ont disparus, une vitalité et une épaisseur encore plus prégnante, sans nostalgie aucune. » (Cédric Teisseire)
Mercredi 22 juin à 18h
Ian Simms a choisi Nous d’Artavazd Pelechian Arménie/1h45 (présentation par l'artiste )
Artavazd Pelechian, le poète cinéaste arménien
Programme de trois films réalisés par Artavazd Pelechian : Nous (1969), Les Saisons  (1972) et Notre siècle (1982).
« Il y a d’abord les images - mélange d’images d’archives et de scènes tournées par lui-même - avec sa technique de « montage à distance » qui sépare les séquences, les éloignant les unes des autres par l’insertion d’autres plans, d’autres temps pour mieux y revenir, pour mieux les lire. Et puis il y a la musique, ou plutôt l’interpénétration de la musique et des images. L’intelligence, la précision et l’extrême sensibilité d’Artavazd Pelechian lui permet de déplacer les scènes de ses films, de les arracher de leur temporalité, pour qu’elles resurgissent en dehors des lieux et du temps. La langue de Pelechian est la langue adamique de Benjamin, ou comme il dit lui-même, la langue d’avant Babel, et c’est bien cela qui lui permet d’aborder les thèmes majeurs de la tragédie de l’homme et de sa place dans ce monde. » (Ian Simms)
Jeudi 23 juin à 18h
Max Charvolen a choisi Le Mépris de Jean-Luc Godard France-Italie/1963/1h43
Avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance, Fritz Lang.
« J'ai vu Le Méprisde Godard peu de temps après qu'il soit sorti - c'était dans les années soixante, j'avais peut être 19 ans.  Je me souviens de la difficulté que j'avais à prendre du plaisir dans les films de Godard, de comment je pouvais être exaspéré par moment, et comment je revenais dans le film.  J'étais heurté par l'éclatement de la narration, la mise à distance des dialogues, mais aussi étonné par la manière dont Godard traitait la couleur.  J'avais du mal et ce mal continuait de m'interroger bien après la séance.  Des années plus tard, parlant de peinture, je me suis surpris à évoquer le travail de Godard pour expliquer certains enjeux, et le mot clef le concernant était : dé-construction. »
(Max Charvolen)
Vendredi 24 juin à 18h
Arnaud Maguet a choisi Macadam à deux voies (Two-Lane Blacktop) de Monte Hellman USA/1971/1h42 (présentation par l'artiste)
Avec James Taylor, Dennis Wilson, Warren Oates, Laurie Bird.
« Il y a dans ce film qui, dans l'esprit du studio qui le commanda, devait être une sorte de Easy Ridersur quatre roues, nombre d'éléments qui me le font désirer : les grands espaces américains traversés sans mot piper et à toute berzingue par une jeunesse déjà désabusée n'attendant plus rien de la génération précédente hormis qu'elle remette un peu de fioul dans son réservoir pour pouvoir fuir plus loin encore ; Dennis Wilson, le taciturne mécanicien, batteur primitif de la fratrie des Beach Boys et seul réel surfeur du groupe, qui sympatisa un temps avec une autre famille, celle de Charles Manson, et se noiera finalement, ivre et cocaïné, dans les eaux de l'Océan Pacifique dont il chanta le blues dans un ultime et sublimement triste album solo ; une charmante et juvénile auto-stoppeuse dont le réalisateur tomba éperdument amoureux dans ce que nous pensons être la vraie vie et qui, peu de temps après, se brûlera les ailes  aux projecteurs d'un Hollywood trop réel pour elle, suicide ; des automobiles aujourd'hui obsolètes qui l'étaient déjà en grande partie à l'époque et qui continuent, à chaque fois que la bobine repasse, de dire, à la place des personnages, ce qu'ils ont à dire ; Monte Hellman, le réalisateur, qui filmera par la suite Cockfighter, et j'adore le poulet, les artistes qui le chante comme Hasil Adkins, et ceux qui le mettent en image. Enfin et principalement, le désir de voir ce film est motivé par le fait que je ne l'ai encore jamais vu, ce qui pourrait en rendre ma critique moins superficielle. » (Arnaud Maguet)
Vendredi 24 juin à 20h
Christian Vialard a choisi La Course à la mort de l’an 2000 (Death Race 2000) de Paul Bartel USA/1975/1h24 (présentation par l'artiste)
Avec David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffieth.
« L'équation des films d'exploitation est simple, mélanger les ingrédients suivants : de l'action, des bolides tunés, de la cruauté gratuite, de la violence, de l'érotisme, de l'humour. Si le savoir faire est honnête on aboutit généralement à un bon film de série B. Et souvent cela nous suffit.
Si comme dans toute recette, les ingrédients sont de qualité, soit : Paul Bartel, Roger Corman (qui produit avec la New World), David Carradine et Sylvester Stallone dans l’un de ses premiers films, on a beaucoup plus de chances de faire un film « qui compte ». Et là ce film de genre devient un objet beaucoup plus complexe à appréhender mais toujours facile à voir.
Death Raceest à première vue un film de cette trempe, sans beaucoup de délicatesse, rapide, violent avec un humour noir jouissif, un film tourné vers l'efficacité avec tous les codes et dispositifs du genre, un sujet simple avec de l'action, des décors minimaux, un budget mini et un tournage rapide en décors naturels.
L’ambition affichée est claire : divertir. Sylvester Stallone en cravate rose éructant et mitraillant les spectateurs à tout va (ouh !), David Carradine en Frankenstein au bras robotisé capable de changer de vitesse en un temps record (waahh !), une caricature de présentateur blasé (sorte de Drucker sous psychotropes) (beurk !) et des jeunes co-pilotes assez dénudées (yess !).
Mais rapidement le film prend le chemin d’une satire sociale rugueuse et sans concession laminant la bienséance moralisatrice américaine des années soixante-dix, annonciatrice d'un impérialisme violent mais déjà vacillant.
Comme tous les bons films « qui comptent » l’extrémisme de ses partis pris place le spectateur dans une position inconfortable dérangeant les curseurs de ce qui nous est possible de voir et de faire par procuration cinématographique. L’habileté de Paul Bartel est de faire passer tout ça grâce à un humour noir dévastateur balayant nos habitudes de spectateur averti à coup de bikini rageur et de burn outsanguinolent.
Nous voulons voir les mêmes choses au même moment et de préférence en mondovision qualité HD et son surround, nous sommes prêts à regarder ensemble de chouettes reality-showtoujours plus recherchés dans le genre humiliation, l’empathie nous dévore et notre désir de jouer collectif pousse notre appétit du même à grandir.
En tout cela Death Race nous précède et c’est pour ces raisons que j’aime. » (Christian Vialard)
Samedi 25 juin à 18h
Gauthier Tassart a choisi Conversation secrète (The Conversation) de Francis Ford Coppola USA/1974/1h53 (présentation par l'artiste)
Avec Gene Hackman, John Cazale, Allen Garfield, Frederic Forrest.
« Lorsque la Cinémathèque de Nice m’a contacté afin de participer à une programmation en relation avec la manifestation "L'Art Contemporain et la Côte d'Azur”, j’ai immédiatement resserré mon choix en fonction de l’exposition à laquelle je participe : “Le temps de l’écoute” à la Villa Arson.
The Conversationest justement un film sur l’écoute. Nous suivons Harry Caul, un personnage complexe qui a fait de l’écoute son métier. Suite à une mission durant laquelle il aura fait preuve de tout son savoir technique, il pense qu’un crime va être commis.
The Conversation est un film sur le son, l’écoute, la paranoïa. Des éléments que l’on retrouve tant dans l’histoire que dans la mise en scène elle-même. » (Gauthier Tassart)
Dimanche 26 juin à 17h
Bernard Pagès a choisi  L’Ile nue de Kaneto Shindo (Hadaka no shima) de Kaneto Shindo Japon/1960/1h33
Avec Nobuto Otowa, Taji Tonoyama, Shinji Tanaka.
Bernard Pagès se souvient très nettement du film L'Ile nue de Kaneto Shindo qu'il a vu, à sa sortie, en 1960, à Paris où il vivait alors. Ce fut véritablement une île au cœur de la ville qui l'oppressait. A l'œuvre dans ce film: une esthétique à l'opposé du spectaculaire, un anti Hollywood qui montre magnifiquement cependant la vie de paysans pauvres, leur lutte quotidienne contre l'aridité. Economie de moyens, âpreté du paysage, austérité, gestes répétitifs, toutes choses qui ont beaucoup touché Bernard Pagès et qui ne sont pas étrangères, c'est le moins que l'on puisse dire, à son travail. Faire quelque chose avec le peu, voire le très peu que l'on a sous la main, voilà bien la gageure d'un courant de pensée de ces années-là.
Mardi 28 juin à 18h
Marc Chevalier a choisi Episode III - Enjoy Poverty de Renzo Martens Pays-Bas/2008/1h30 (présentation par l'artiste)
« Enjoy Poverty est une œuvre indécente mais nécessaire. Elle démolit toutes les formes d'art cherchant leur pertinence en fouillant dans la misère du monde.
Le contexte est effroyable : La pauvreté dans laquelle vivent les travailleurs d'une plantation congolaise est devenue, par l'intermédiaire des images chocs, une marchandise exportable de grande valeur. Mais  seuls les groupes de presses occidentaux peuvent exploiter ce « brut journalistique ». 
Enjoy Poverty, traduisons « jouissez de la pauvreté » comme on jouit d'un bien, d'un capital (jouir dans le jargon des notaires) dévoile l'apothéose de l’économie contemporaine : La misère est propriété des pauvres mais les riches en ont l'usufruit ! 
Pour bien comprendre cet essai il faut n'avoir pitié que de soi-même. La misère est le contexte du film, mais le motif central est l'empathie du téléspectateur occidental - notre regard sur le tiers monde - que Renzo Martens incarne en braquant la caméra sur ses yeux, prenant l'air de dire : « Savez-vous ce que nous éprouvons, nous les riches, à vous voir dans une situation si tragique ? »
Pourtant, face à la caméra, ces gens donnent une belle et joyeuse image d'eux-mêmes. Mais ce n'est pas ce qu'on leur demande…
L'art est rarement l'appareil adéquat pour dénoncer l'injustice. Ici, il s'agirait plutôt d'interroger la fonction de l'image. Mais Renzo Martens interroge-t-il vraiment la fonction de l'image ? Oui, puis il la défroque, et la viole ! » (Marc Chevalier)
Mardi 28 juin à 20h
Natacha Lesueur a choisi Tampopo de Juzo Itami Japon/1985/1h53
Avec Tsutomu Yamazaki, Nobuko Miyamoto, Koji Yakusho.
« Il y a des années, ce fut un coup de foudre : une rencontre fortuite sur Arte et le sentiment de connivence jubilatoire qui me gagna en regardant le film Tampopode Juzo Itami. Un conte parabolique, une fable fine, pleine d’humour, et de digressions sur une représentation charnelle de la nourriture, et une forme si touchante pour une spectatrice photographe : un genre de film à sketches, des traitements visuels brillants, le bouche-à-bouche au jaune d’œuf cru gobé, l’huître perlée du sang de l’estafilade de la lèvre, la multiplication des références cinématographiques. Sollicitant, retournant ou détournant des formes existantes, pour leur faire dire/signifier, ce qu’elles n’expriment pas d’habitude, outrepassant le familier. Multiples et merveilleuses accointances ! » (Natacha Lesueur)
Mercredi 29 juin à 18h
Emmanuel Régent a choisi Le Testament d’Orphée de Jean Cocteau France/1959/1h17 (présentation par l'artiste)
Avec Jean Marais, François Perier, Maria Casares.
« J’ai pour Le Testament d’Orphée ou ne me demandez pas pourquoi !un attachement à la fois affectif pour les nombreuses séquences tournées autour de Villefranche-sur-Mer, ma ville d’origine, et poétique pour le cinéma de l’auteur. Si Cocteau est le héros d’un film qui peut paraître narcissique et presque maladroit, la magie de ce récit est ailleurs. Au-delà des répliques datées et surjouées des acteurs dans des décors de carton-pâte, on se laisse imprégner par le surnaturel. Le noir et blanc, les silences, la lenteur, la simplicité des trucages, les symboles, les références à la biographie du poète et à la mythologie donnent au film un enchantement particulier. Nous déambulons avec Cocteau hors du temps dans une succession de décors artificiels ou de paysages naturels magnifiques à la rencontre de personnages merveilleux et inquiétants. » (Emmanuel Régent)
Mercredi 29 juin à 20h
Julien Bouillon a choisi La Montagne sacrée (The Holy Mountain) d’Alejandro Jodorowsky Mexique/1973/1h54 (présentation par l'artiste)
Avec Alejandro Jodorowsky, Horacio Salinas, Zamira Saunders.
“Pour ne pas être confronté à ce que j'appelais plus jeune "le syndrome du vidéo-club" devant l'immensité du choix possible en matière de cinématographie, j'ai désigné spontanément La Montagne sacrée d'Alejandro Jodorowsky. Un film pour représenter l'état d'esprit qui était le mien à l'adolescence. La surcharge extraordinaire des signes fonctionnait, pour moi, dans ce film comme un anesthésique détruisant le pouvoir même des signes. L'idée d'un développement personnel dans une orgie de symboles dont l'usage légitime les violences contemporaines représenté dans La Montagne sacréerévélait la nécessité d'une empathie réaffirmée, la nécessité du politique.” (Julien Bouillon)
Jeudi 30 juin à 18h
Virginie Le Touze a choisi The Saddest Music in the World de Guy Maddin Canada/2004/99 min (présentation par l'artiste)
Avec Isabella Rossellini et Maria De Meideros